Elle saisit le téléphone et composa le numéro, griffonné en toute hâte sur un morceau de papier déchiré. Malgré les nombreux doutes dont elle avait été assaillie ces derniers jours, elle était absolument sure que c'était la bonne chose à faire. Elle avait vu les regards désespérés de son amie, sa détresse, ses larmes. Elle savait tout. Elle ne pouvait plus rien faire à part cela, et elle désirait l'aider, plus que tout au monde. Elle voulait son bonheur. Elle appuya sur la touche appel, le coeur battant, comme si elle appelait l'homme qu'elle aimait. Pourtant il n'en était rien. Ca sonnait. Une fois, deux fois, trois f... "Allo?" Une voix grave, et douce. C'était donc ça, cette voix si particulière, dont elle avait tant entendu parler, tout comme de son parfum, de sa peau.. ? "Heu.." Elle avait manqué la seconde où elle aurait du parler. "Bonsoir, heu, je suis une amie de Stella." Il se tut, mais la voix resta là, sans parler, et pourtant toujours présente. Il attendait une suite, c'était évident. Pour ne pas se compliquer les choses, et pour ne pas manquer de naturel, elle n'avait rien préparé. Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle allait dire. Elle ne sut comment s'y prendre. "Heu, c'est un peu compliqué... Je t'appelle à son propos parce que...". Elle ne pouvait pas continuer. Elle savait qu'elle n'aurait pas du faire ça. C'était stupide. Stella aurait piqué une crise rien que de savoir ce qu'elle faisait. Mais a présent qu'elle avait commencé, elle ne put rien faire d'autre que de chercher les mots justes pour expliquer ce qui l'amenait à téléphoner à un parfait inconnu, comme ça, un soir où elle n'aurait même pas du faire quoi que ce soit de particulier. "Oui..?" la pause avait été trop longue; "Eh bien..." nouveau silence. "Elle est vraiment mal. Vraiment, vraiment. Elle t'aime et elle ne peut pas te le dire. J'ai pensé qu'il fallait que tu saches." La voix parut s'absenter un instant, toujours sans produire le moindre son. Elle entendit le bruit un briquet et d'une première bouffée de cigarette prise en vitesse. Etait-il sous le choc ? Elle n'aurait pas su le dire. "Ah, je vois." Elle continua, malgré sa respiration à moitié coupée. "Je n'ai jamais vu quelqu'un comme ça. Ca me fait tellement peur pour elle. Il faut que ça s'arrange et j'ai pensé... C'est terriblement bête mais je crois que je devais te mettre au courant. J'ai pensé que ça changerais peut être les choses. Désolée. Je n'aurais surement pas du me mêler de tout ça." Tout cela lui parut soudain terriblement enfantin. Comment pouvait-elle faire une chose pareille a Stella ? Jamais elle ne lui avait demandé quoi que ce soit. Elle pensait réellement qu'il devait savoir. Mais ce n'était pas à elle de lui dire. Elle se fichait de ce qu'il pensait d'elle. Mais la colère de son amie serait pire que tout. Elle raccrocha, d'un coup sec, sans rien dire, sans émettre le moindre bruit, même de respiration. Elle avait tout balancé, comme ça, d'un coup, c'était parti comme un pansement qu'on arrache d'un coup net et rapide. Elle fixait tranquillement le téléphone, comme si rien ne s'était passé. C'était un peu trop tard pour faire comme si rien en s'était passé, pourtant. Lorsque sa mère entra elle sursauta. "tu viens diner, chérie ?" Elle se leva, encore un peu tremblante. "J'arrive."